After fiesta 90′

HAVANA SPIN : QUAND LA LAVERIE SE FAIT SCÈNE CUBAINE

L’odeur de lessive et de linge propre se mêle à celle du tabac pure. Les néons clignotent doucement sur des murs aux couleurs fanées, pleine de scotch double faces, vestiges d’une époque révolue. Et pourtant, sous cet éclairage pâle, une effervescence vibrante prend vie : celle d’une féminité incarnée dans l’univers inattendu d’une laverie au parfum cubain.

Havana Spin : Une fusion entre quotidien et spectacle

La laverie, d’ordinaire lieu de routine et de temporalité suspendue, devient ici une scène, un théâtre où chaque femme évolue comme une protagoniste de son propre film. Loin d’être un simple décor fonctionnel, cet espace se transforme sous mon œil en un microcosme de l’âme cubaine : vivante, colorée et imprégnée d’une musicalité intrinsèque.

Les tambours des machines évoquent le rythme effréné d’un son cubano, leur vrombissement se confond avec le bourdonnement d’une ville qui ne dort jamais. Chaque vêtement qui tournoie derrière la vitre devient un symbole, une danse hypnotique où les textures et les couleurs se mêlent en une chorégraphie inattendue. La laverie n’est plus seulement un lieu de passage, mais un espace où se rencontrent et se confrontent passé et présent, quotidien et glamour, attente et exaltation.

Entre rétro et sensualité

Elles sont là, accoudées aux machines ou perchées sur un tambour d’inox, à moitié plongées dans un rêve d’ailleurs. Des tenues vives épousent leurs silhouettes, faisant écho aux rues nocturnes de La Havane de Martinique. Leurs bijoux dorés chrysocale  scintillent sous la lumière crue, leurs lèvres carmin tranchent avec le décor industriel. Elles ont l’attitude des icônes latines : un brin désinvoltes, outrageusement glamour.Avec une pointe des années 90. 

Laverie ou piste de danse ?

Le ronronnement des machines devient un rythme, une pulsation sur laquelle se superpose un air de salsa imaginaire. La scène pourrait être les escaliers d’un bar clandestin de Vedado ou une échappée nocturne dans une maison coloniale aux volets ouverts sur l’océan. Chaque pose, chaque regard figé par l’objectif raconte une histoire de liberté, de désir, de souvenirs volés sous une chaleur humide.

Une esthétique en clair-obscur

Ici, le contraste est roi, la teinte se veut d’époque. Le chrome et les faïences pâlies côtoient la peau dorée ou d’ébène et les textures sont soyeuses. La patine du quotidien devient un écrin inattendu pour cette mise en scène où le banal se mue en tableau cinématographique. Mon regard de photographe capte cette dualité : entre la trivialité du lieu et l’exubérance de la mise en scène, entre la routine et l’évasion.

Une ode à la femme cubaine

Ces clichés résonnent comme un hommage aux femmes (cubaines dans ce cas), celles qui dansent entre contraintes et passion, entre réalité et poésie. Elles portent en elles un feu indomptable, une grâce naturelle qui transcende les murs d’une simple laverie. Chaque cliché est une fenêtre ouverte sur une énergie brute, une sensualité assumée, un instant suspendu entre la nostalgie et l’urgence de vivre.

Alors, que reste-t-il après cette série d’images ? Une odeur de linge chaud, une chanson qui refuse de quitter l’esprit comme un album de Bad Bunny, et l’envie irrésistible de s’abandonner, ne serait-ce qu’un instant, à cette insouciance tropicale. Entre la chaleur du cœur et la fraicheur du soir. 

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