Vernissage : 9 diplômés du CCA

Interview avec Shaïda Madinska

Jusqu’au mois de Janvier, vous aurez la possibilité d’apprécier l’exposition collective de 9 diplômés du Campus Caribéen des Arts de la Martinique. Lors du vernissage qui a eut lieu le mardi 9 décembre 2025, j’ai eu la chance d’interviewer une des artistes présente.

Shaïda Madinska

Originaire de la Guadeloupe, elle est venue en 2018 habiter en Martinique pour avoir des diplômes au campus caribéen des arts.

Je suis titulaire de deux diplômes, le DNA, diplôme national d’art, et le DNSEP, diplôme national supérieur d’expression plastique, que j’ai eu au campus caribéen des arts, seule école d’art caribéenne. Les thématiques que j’aborde sont, dans un premier temps, l’éco-conception, la récupération, l’écologie “récupérée pour créer”. Dans un deuxième temps, tout ce qui va être intime, donc féminité, le corps, les traumas, les syndromes.

En ce moment, j’aborde la thématique du textile pour créer une sorte de mémoire collective, puisque le textile c’est un symbole fort depuis très longtemps, jusqu’à nos jours, puisque maintenant il y a beaucoup de textiles qui se perdent avec la fast fashion, donc toujours une dimension écologique. J’essaie de faire un pont entre la Caraïbe et l’Afrique, puisque dans mes toiles, on retrouve du pagne, des pagnes africains. En mélangeant mes écritures automatiques, donc un geste intuitif, et les chutes de tissus, j’essaie de créer une sorte de nouvelle identité qui se compose de plein de symboles forts que nous avons dans la Caraïbe et aussi en Afrique.

Quelle est l’idée ou l’émotion fondatrice qui a guidé cette exposition ? 

L’émotion, c’est vraiment l’envie de créer avec les déchets, ce qui est un peu rejeté, les excès de matière. Mon sentiment, c’est de la joie, parce que je suis contente de créer, mais c’est aussi pour attirer la curiosité et peut-être aussi se poser des questions. 

Comment ton approche a-t-elle évolué entre tes précédentes créations ?

Ça dépend vraiment des projets. Parfois, il y a des thématiques imposées, d’autres fois, j’ai le libre choix de faire ce que je veux. Mais le plus souvent, j’essaye de créer du lien, de m’inspirer de la faune et de la flore caribéenne. C’est vraiment ce qui anime mon travail.

Est-ce qu’il y a une philosophie ou un courant artistique dans lequel tu te reconnais particulièrement ? 

Je pense que je suis dans le semi-abstrait au niveau des figures, parce que ce n’est pas tout le temps très explicite.

Je pense que je n’ai pas vraiment de mouvement. J’aime beaucoup les couleurs. Je suis influencée par tout ce qui est pop art, fauvisme.

L’art contemporain en fait partie. Mais je pense que c’est plutôt les formes, les lignes. Ça peut être vraiment n’importe quoi l’élément déclencheur.

Mais là, en l’occurrence, pour mon travail, en ce moment, c’est le textile. Parfois, pour les choses plus intimes, ça peut être un trauma. Quand j’ai travaillé sur tout ce qui était expérience par rapport à la maladie, c’était parce que je traversais moi-même cette épreuve.

Concernant l’exposition, quel est le point de départ concret de l’expo ? 

C’est une exposition pour mettre en lumière les jeunes talents caribéens, enfin ceux qui émergent. Et là, en l’occurrence, les anciens diplômés du campus.

On a fait appel à moi pour postuler. Au début, c’était vraiment sur une base de volontariat de postuler. C’est eux qui ont fait un corpus d’œuvres en prenant deux à trois pièces par personne pour ensuite former l’exposition collective.

« Cellule », «Pié bannan » et « Motion 3», pourquoi ces titres ? 

Alors, « Motion », ça parle plutôt du mouvement. C’est d’une toile où l’action est figée, mon geste est figé par la peinture, mais bouge au niveau du regard. Pour « Cellule », on était vraiment à l’intérieur de la peau. Donc, peut-être même les cellules atteintes, les cellules mauvaises.

Et puis, pour « Pié bannan», c’était vraiment par rapport à l’actualité qui nous touche, au chlordécone. Je voulais donc essayer de créer un Pié banann qui est sain. Ce qu’on désire tous finalement ici, au niveau de l’agriculture et des produits qu’on nous envoie.

Est-ce que vous avez pensé le parcours de visiteurs dans l’espace d’exposition ? Je parle de la scénographie. 

Alors, la scénographie a été pensée par les professeurs référents de l’exposition.

Et donc, je pense qu’ils ont plutôt mis devant des pièces comme des objets et des installations pour peut-être inviter déjà à se rapprocher. Et ensuite, plutôt les œuvres plates, aux murs, de part et d’autre de la salle, pour peut-être inviter à faire un cercle, je pense. 

Comment tu as sélectionné les pièces qui sont présentées ?

J’ai envoyé un corpus, donc de plusieurs œuvres. Et ensuite, il y a eu une sélection qui a été faite. 

Quels sont les matériaux que tu utilises et pourquoi ces choix ? 

Alors, j’utilise le textile parce que pour moi, le textile est très riche. Il est porteur de mémoire, d’histoire.

Et aussi, c’est une passerelle entre les pays. Puisque maintenant, le textile, c’est une langue universelle en matière de mode. Mais pour moi, c’est aussi un puit sans fond, de création.

Parce qu’en fait, on a toujours besoin de nouveautés au niveau des imprimés, des choses comme ça. Donc, les motifs, c’est vraiment des éléments déclencheurs. Et je voulais utiliser le textile parce que c’est une matière qui m’a toujours attirée.

Et que je trouve qu’il a sa place au niveau de mes écritures et dans mon art. 

Est-ce qu’il y a une technique que tu as expérimenté pour la première fois dans cette exposition ? 

Alors, non. Je n’ai pas expérimenté parce que là, je suis un peu sur mes bases. J’avais déjà rapidement travaillé avec du textile. Mais là, j’ai pris plus le temps.

Et puis après, je me suis recentrée vraiment sur des thématiques que j’avais déjà en cours. Donc non, malheureusement, je n’ai pas expérimenté. 

Ton rapport aux gestes à la couleur et à la matière, quel est-il ? 

Alors, j’utilise l’écriture automatique qui m’a été, on va dire, inculquée par l’artiste Ricardo Ozier LaFontaine. Et donc, j’aimais vraiment ce principe de ne pas se poser de questions, de combattre ce syndrome de la page blanche en se laissant guider sur le papier. Et à force de pratiquer, d’écrire, j’ai développé des automatismes, comme des cellules, certains motifs se répètent dans quasiment toutes mes toiles.

Comment tu gères, cette part d’accident ou d’imprévu dans le processus de l’écriture automatique ? 

Alors, en vrai, il n’y a jamais d’accident parce que je me dis que si le trait devait partir à droite, c’est que c’est par là que je devais le faire. Et je trouve toujours une façon de mettre “l’erreur” à mon avantage. En vrai, il n’y a que moi qui suis consciente de mes “erreurs” parce qu’au final, on ne les voit pas.

Quel thème majeur traverse cette exposition ? S’il y en a un ?

Je pense qu’en fait, il n’y a pas vraiment de thématique, mais je pense que tout le monde a essayé de donner des toiles ou un travail qui, pour lui, a du sens à exposer ce soir pour se mettre en lumière. 

Quels sont les messages, interrogations ou réflexions que tu souhaites transmettre au public ? Qu’est-ce que tu as envie qu’ils se disent ? 

Alors, j’ai envie que le public se dise que dans ce qu’on jette, il y a des trésors et un simple objet récupéré peut être une œuvre, peut être un nouvel objet ou peut avoir une fonction différente de celle qu’il avait principalement.

Sur quoi est-ce que tu travailles : actuellement ou prochainement ? 

En ce moment, je vais continuer avec l’ajout de textiles. Je vais essayer d’aborder de nouvelles techniques comme le pastel gras, que je n’ai jamais pratiqué, mais qui m’attire vraiment, de faire des choses plus en volume.

Et comment tu vois l’évolution de ta pratique dans les années à venir ? 

Alors, je me vois avec des plus grands formats et je l’espère pouvoir m’ouvrir sur le monde, donc toucher d’autres îles, voire même d’autres pays.

 Et dernière question, est-ce qu’il y a une collaboration ou un lieu où tu rêves d’exposer ?

Alors moi, j’aimerais exposer partout. Je pense qu’il n’y a pas de lieu plus beau que les autres. J’aimerais beaucoup participer à une biennale. Et une collaboration artistique ?  J’en fais déjà au quotidien, que ce soit avec des grands artistes ou des petits artistes. 

En vrai, j’ai déjà fait pas mal de collaborations, mais ça serait vraiment de m’étendre et puis faire des choses qui pourraient être vues autre part. 

Et pour suivre ton actualité ? 

Pour suivre mon actualité, alors soit sur Instagram ou soit sur Facebook. Et prochainement, j’aurai un site. 

Sarah aux pays des bois charmants

On la disait douce, sensible, un peu rêveuse. Elle avait ce genre de regard qui semble toujours poser des questions, même en silence. À la croisée de deux chemins, celui de l’enfance qu’on quitte et celui de la femme qu’on devient. Sarah choisit un sentier qui la menait loin des autres, vers un lieu qu’on appelait les Bois Charmants.

Ce n’était pas une forêt ordinaire. On racontait que ceux qui s’y perdaient finissaient par s’y trouver. Mais encore fallait-il oser s’y aventurer…

La perte

Au début, elle s’émerveilla des lueurs dorées entre les feuilles, des chants d’oiseaux comme des secrets murmurés. En arrivant elle croisait des personnes qui revenaient du bois. Ils ne disaient qu’un simple bonjour, sans trop s’attarder.

Puis vinrent les brouillards. Des voix qui ressemblaient à la sienne, au point de la faire douter. Le bruit des branches, griffait ses certitudes. Elle trébucha, tomba, pleura. Plus d’une fois, elle songea à faire demi-tour.

Mais quel demi-tour ? Sa vie d’avant n’existait plus vraiment. C’est alors qu’apparurent les tentations.

Les mirages

Ils avaient des voix suaves et des sourires bien dessinés. Certains lui promettaient le confort d’un amour sans profondeur, d’un succès sans sueur, d’une lumière sans feu. D’autres portaient des masques familiers : des figures du passé, des illusions d’avenir.

Sarah les écouta. Elle faillit se perdre en eux.

Mais au fond d’elle, une voix plus discrète, plus ancienne, grondait doucement. Celle de l’intuition. Celle qu’elle avait longtemps fait taire pour plaire, pour ne pas déranger.

Un matin, après une nuit sans sommeil, elle se leva et dit « non ». Ce fut la première fois et loin d’être la dernière.

La marche

De ce refus naquit une force. Une lente, et puissante énergie. Elle ne cherchait plus de sorties, mais un sens. Elle recommença à marcher. Elle construisit des abris. Elle grava des mots sur l’écorce des arbres : je mérite mieuxje suis assezje suis moi.

Elle apprit à distinguer les chemins qui la vidaient de son essence, de ceux qui la nourrissaient.

Le passage

Dans son périple elle arriva devant des ruines. Un grand bâtiment vide, mais aux multiples ouvertures. Elle décida de traverser ce vide aux diverses échappatoires pour accéder à ce que la structure avait à cacher.   

Elle y trouva un arbre, dont les pieds formaient des contreforts. Elle s’en inspira pour bâtir son propre cœur, sa propre destinée. 

Sarah quitta les Bois Charmants. Pas parce qu’elle en avait fini avec eux, mais parce qu’ils l’avaient transformée.

Elle avait appris à marcher seule. À dire non. À aimer avec discernement. À s’aimer sincèrement. À s’écouter sans se trahir.

Elle entra dans le chapitre suivant de sa vie. Pas comme une héroïne parfaite, mais comme une femme solide, ancrée, vibrante d’une énergie nouvelle.

Et chaque fois qu’un doute tentera de revenir, elle se souviendra : « Je suis Sarah. J’ai traversé les Bois Charmants. Et j’en suis revenue plus vivante que jamais. »

Galerie

Un bel écho de tout ce dont on a discuté tout le long de la séance

Sarah

C’est raconté avec douceur, c’est agréable. Pourtant on comprend, que ça parle de sujets profonds, de blessures et de désillusions. Mais l’amour propre et la résilience triomphent

Orlane

La métaphore du bois charmant est magnifiquement choisie.

Elle résonne en chaque femme, quel que soit son âge. Car oui, une fois ce bois quitté, il n’y a plus de retour possible. 
quand une femme se trouve, qu’elle se choisit et se dit oui, alors tout change ! Elle devient puissante et inarrêtable.

Elle ne cherche plus à plaire, si ce n’est qu’à elle même et elle commence à rayonner. 
C’est là qu’émerge toute la force de sa Queen intérieure, celle qui était là depuis toujours et qui n’attendait qu’une chose : être révélée !

Malika

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Vent de liberté : une havanaise à Vespa

Cette fois on se plonge dans l’imaginaire des ruelles animées de La Havane. Une jeune femme à la peau ébène attire tous les regards. Juchée sur sa Vespa aux teintes uniques, elle incarne l’esprit libre et audacieux de la jeunesse cubaine. Son sourire éclatant contraste avec les façades pastel des bâtiments coloniaux, témoins silencieux d’une histoire riche et complexe.

Chaque matin, elle traverse la ville, ses cheveux noirs flottant au vent, symbole de sa détermination et de son indépendance. Les passants la saluent, on l’appelle « Louisa » reconnaissant en elle une figure familière du quartier, une muse moderne qui allie tradition et modernité. Elle est une exception, une vision rare dans un paysage où les motos chinoises et soviétiques dominent. Sa Vespa est bien plus qu’un simple moyen de transport : c’est une signature, un manifeste silencieux d’élégance et de distinction.

Vestige d’une époque révolue, ce scooter italien, rare à Cuba, évoque une nostalgie envoûtante. Il rappelle une époque où le charme européen trouvait encore sa place sur l’île, avant que le blocus et les décennies d’isolement ne figent le paysage automobile. Chaque tour de roue est une note de mélodie, une danse harmonieuse entre le passé et le présent, entre l’héritage et l’affirmation de soi.

Dans cette ville où le temps semble suspendu, elle défie les conventions avec une grâce naturelle. Son style, raffinement mêlé à une audace assumée, lui confère une aura magnétique. Vêtue d’un haut léger aux teintes vives, elle se distingue autant par son allure que par son véhicule d’exception. Elle incarne une féminité affranchie, une vision contemporaine de l’élégance insulaire, où la rareté devient synonyme d’authenticité.

Ce moment au détour de notre chère rue colorée est une ode à la résilience et à la beauté de la femme et un clin d’oeil à la culture latine, où chaque trajet devient une déclaration silencieuse : celle d’une femme qui ne se contente pas de suivre le courant, mais qui le redessine à sa façon, une Vespa à la fois.

Remerciement : Malika, JR TOF et Steeven

After fiesta 90′

HAVANA SPIN : QUAND LA LAVERIE SE FAIT SCÈNE CUBAINE

L’odeur de lessive et de linge propre se mêle à celle du tabac pure. Les néons clignotent doucement sur des murs aux couleurs fanées, pleine de scotch double faces, vestiges d’une époque révolue. Et pourtant, sous cet éclairage pâle, une effervescence vibrante prend vie : celle d’une féminité incarnée dans l’univers inattendu d’une laverie au parfum cubain.

Havana Spin : Une fusion entre quotidien et spectacle

La laverie, d’ordinaire lieu de routine et de temporalité suspendue, devient ici une scène, un théâtre où chaque femme évolue comme une protagoniste de son propre film. Loin d’être un simple décor fonctionnel, cet espace se transforme sous mon œil en un microcosme de l’âme cubaine : vivante, colorée et imprégnée d’une musicalité intrinsèque.

Les tambours des machines évoquent le rythme effréné d’un son cubano, leur vrombissement se confond avec le bourdonnement d’une ville qui ne dort jamais. Chaque vêtement qui tournoie derrière la vitre devient un symbole, une danse hypnotique où les textures et les couleurs se mêlent en une chorégraphie inattendue. La laverie n’est plus seulement un lieu de passage, mais un espace où se rencontrent et se confrontent passé et présent, quotidien et glamour, attente et exaltation.

Entre rétro et sensualité

Elles sont là, accoudées aux machines ou perchées sur un tambour d’inox, à moitié plongées dans un rêve d’ailleurs. Des tenues vives épousent leurs silhouettes, faisant écho aux rues nocturnes de La Havane de Martinique. Leurs bijoux dorés chrysocale  scintillent sous la lumière crue, leurs lèvres carmin tranchent avec le décor industriel. Elles ont l’attitude des icônes latines : un brin désinvoltes, outrageusement glamour.Avec une pointe des années 90. 

Laverie ou piste de danse ?

Le ronronnement des machines devient un rythme, une pulsation sur laquelle se superpose un air de salsa imaginaire. La scène pourrait être les escaliers d’un bar clandestin de Vedado ou une échappée nocturne dans une maison coloniale aux volets ouverts sur l’océan. Chaque pose, chaque regard figé par l’objectif raconte une histoire de liberté, de désir, de souvenirs volés sous une chaleur humide.

Une esthétique en clair-obscur

Ici, le contraste est roi, la teinte se veut d’époque. Le chrome et les faïences pâlies côtoient la peau dorée ou d’ébène et les textures sont soyeuses. La patine du quotidien devient un écrin inattendu pour cette mise en scène où le banal se mue en tableau cinématographique. Mon regard de photographe capte cette dualité : entre la trivialité du lieu et l’exubérance de la mise en scène, entre la routine et l’évasion.

Une ode à la femme cubaine

Ces clichés résonnent comme un hommage aux femmes (cubaines dans ce cas), celles qui dansent entre contraintes et passion, entre réalité et poésie. Elles portent en elles un feu indomptable, une grâce naturelle qui transcende les murs d’une simple laverie. Chaque cliché est une fenêtre ouverte sur une énergie brute, une sensualité assumée, un instant suspendu entre la nostalgie et l’urgence de vivre.

Alors, que reste-t-il après cette série d’images ? Une odeur de linge chaud, une chanson qui refuse de quitter l’esprit comme un album de Bad Bunny, et l’envie irrésistible de s’abandonner, ne serait-ce qu’un instant, à cette insouciance tropicale. Entre la chaleur du cœur et la fraicheur du soir. 

Interview : Noémie BREDAS

Noémie BREDAS, Designer textile 

Quand et comment tu as découvert ta passion pour la couture ?

N : Après le bac, en magasin, je ne trouvais pas de vêtemnts à ma taille, 1m85, j’ai commencé par faire un pantalon. C’est l’origine de ma passion. 

Tes premières créations ? 

N : un pantalon flaire en wax, il y a 3 ans. Il avait ses défauts mais il était pas mal pour des débuts. 

Quels sont les étapes de la conception à la réalisation de ce pantalon ? 

N : J’ai recopié un pantalon que j’avais déjà mais qui était trop court, et je l’ai rallongé pour qu’il arrive au niveau des pieds. À la conception, je dois avouer que c’était difficile avec la machine, je me suis lancé dans le tas. Je n’avais pas toujours les bonnes aiguilles, puisque chaque aiguille a son tissu, ainsi que sa tension de fil. 

Tissus et matériaux préférés ? 

N : La viscose. Une matière assez extensible, qui permet de bien épouser les formes. et lors de l’ajustement c’est plus simple. Quand on a un tissu sans élasticité il faut mettre des pinces, contrairement aux tissus avec élasticité qui sont moins nécessaire. 

Les défis rencontrés en tant que couturière ? 

N : Bien prendre les mesures. C’est mon défi. Je fais souvent sans patron, j’me casse la tête alors qu’il est plus facile de faire le patron. J’aime foncer dans le tas et faire à l’oeil. 

Ta technique de couture ou ta méthode préférée ? 

N : Les ourlets, je suis imbattable. Ou même pour ajuster des pantalons. J’ai eu l’occasion de travailler avec des hommes, et à la moindre prise de mesure je ne me rate pas dans les ajustements. 

Est-ce que tu suis des tendances ? 

N : Je suis les tendances et je les adaptes à mes idées pour créer des looks originaux. J’adapte aussi le tissu par rapport aux conditions météorologiques, la chaleur de la Martinique ou la guadeloupe. Et a force de travailler sur un projet, on fini par se laisser porter par la vibes pour laisser parler sa créativité.

Que dirais-tu à quelqu’un qui veut se lancer en couture ? 

N : Je dirais d’investir dans une petite machine, mais surtout de se lancer, même si on voit que l’échec est présent, on apprend de nos erreurs. J’ai eu beaucoup d’échec en couture, mais au final on sait comment appréhender la machine et ainsi réaliser de plus belles pièces par la suite. 

Ta première commande, comment elle s’est passée ? 

N : Ma première expérience client en couture, a été une jeune fille qui voulait un ensemble body fleuri avec une cape fleurie. J’avoue avoir beaucoup paniqué, on a eu une seule session de retouche par manque de disponibilité. Et j’étais en stress quand elle est venue récupérer sa commande.

C’était la première fois que je travaillais avec des fleurs artificielles, toutes cousues sur le body à la main, C’était une très belle expérience. et la cliente était très satisfaite 

Est-ce que tu as des projets en cours ? Et des types de vêtements et d’accessoires que tu aurais aimé utiliser ? 

N : J’aurais beaucoup aimé travailler par la suite la broderie, pour accentuer l’effet luxe de certaines pièces. Par la suite j’aurais aimé ouvrir une maison de création, ou une maison de créateur aux Antilles. 

La couture influence ton style au quotidien ? 

N : Oui, surtout quand je vais à certains évènement, je réalise des pièces exprès pour ça. J’ai déjà eu quelques réflexions, du style « je peux avoir le contact » , «  c’est toi qui a fait ça » etc. 

Dans la semaine, je porte beaucoup plus de vêtements acheté en magasin, que faits par mes mains. J’ai plus de temps pour faire des vêtements pour les autres que pour moi. 

LE CROCHET

Concernant le crochet, comment tu as commencé et qu’est-ce qui t’a attiré ? 

J’ai commencé, tout comme la couture, après le bac, c’était un défi personnel. Je n’arrivais pas à aboutir mes projets en crochet… j’ai réussi un maillot, puis un top. et pendant mon BTS, mes profs et mes camarades lançaient des petites blagues sur le fait que j’allais lancer ma marque, que j’ai pour projet de déposer. 

On m’a déjà demandé de faire des pièces pour des jeunes mannequins. 

Quel est le projet crochet, dont tu es le plus fier? 

N : La robe rouge qu’on a shooté aujourd’hui, m’a pris 6 jours à peu près. Je dirais environs 4h par jours. Je suis fière de ce projet parce que je n’ai jamais expérimenté les robes longues, c’est quelque chose que j’apprécie dans mon quotidien, c’était un gros challenge et une grande réussite. C’est mon coup de coeur. 

Quelles sont les laines ou les fils que tu aimes utiliser pour tes projets ? 

N : Je préfère utiliser le coton, il est plus adapté aux temps tropicaux, surtout par rapport à la transpiration, c’est plus confortable et moins sujet aux allergies. Comparativement aux matières synthétiques. 

Et oui on peut se baigner avec, nager etc. et on peut même plonger s’il est bien attaché ! 

Style de crochet que tu aimes bien ? 

N : J’aime le crochet traditionnel, mais j’aime mélanger les style, les capuches sur des robes, ou encore des cagoules. J’adapte le traditionnel avec la modernité. 

Créateur du monde du crochet qui t’influences ? 

N : J’ai pas les noms en tête, souvent des canadiens qui vivent dans les pays froids. aux Antilles on voit des pièces qui se ressemblent donc j’essaye de voir ce qu’ils font plus loin.

Quels sont les erreurs que tu vois sur les créations des autres jeunes créateur qui font du crochet ? 

N : Ce que je vois souvent c’est le fait d’insérer les fils aux bons endroits, où quand ils n’ajustent pas assez sur les personnes. C’est surtout ce qui tape à l’oeil. Et au fil des années on s’habitue à bien faire les choses. Mais ce n’est rien de méchant . 

Astuce ou secret de crochet que tu aimerais partager avec les lecteurs ? 

N : Alors, une crocheteuse m’a posé la question concernant sur la prise de mesure. Je conseille souvent de diminuer sur la taille de la base, on commence avec une chainette ensuite on fait des mailles et doubles mailles, je dirais de diminuer un peu sur la taille de la base et de mesurer avec la chainette pour avoir la mesure souhaité. Ça rend la réalisation plus élastique et plus ajustée. 

Pour ajuster au crochet, après la création, comment on fait ? 

N : On défait tout et on recommence, en général ! 

Mais pour les ajustement de dernière minutes on fait une couture à la main. Mais pour que ce soit niquel il faut tout recommencer. 

Quels sont les types de projets que tu trouve les plus amusant ou relaxant ? 

j’avoue que les maillots deux pièces sont vraiment facile. Limite yeux fermés. Ou encore les jupes de plage. C’est pas trop complexe et c’est super relaxant. 

Au quotidien est-ce que tu portes des créations au crochet ? 

N : je ne les portent pas trop, j’essaye de privilégier des pièces qui sortent du quotidien, je trouve qu’ils ne sont pas approprié pour être porté au quotidien. 

Objectifs et rêves futur pour le crochet ? 

N : Participer à une foire en tant qu’artisan ou encore un défilé 100% crochet, pour montrer des créations atypiques aux Antilles. 

Est-ce que ton public est avant tout adulte ? crochet pour bébé ? 

N : J’ai eu une commande pour une naissance, mais j’avoue être plutôt orienté vers les adultes. 

Si on a quelque chose en tête il faut se lancer,il ne faut pas regarder à la concurrence. 

@Nono.sdesign si vous voulez découvrir son travail

L’artisanat dans la mode

L’artisanat dans la mode c’est à la fois la création de vêtements et d’accessoires par des techniques manuelles, souvent transmises à travers les générations. Aujourd’hui, alors que l’industrie de la mode évolue à un rythme effréné, l’artisanat trouve une place précieuse, tant pour ses qualités esthétiques que pour ses valeurs éthiques et durables. Surtout quand il s’agit de récupération, d’usages de feuilles, ou de graines.

La plus-value de Dawacréation réside dans sa matière première : la nacre. C’est le revêtement intérieur de certain mollusques ou coquillages. Je trouve que la nacre a de belles couleurs. Elle est d’ailleurs rose dans le lambi de Martinique. (Nacre aussi utilisé par Dawacréation)

Brève histoire de l’artisanat dans la mode

Historiquement, l’artisanat a toujours été au cœur de la mode. Des tailleurs de la Renaissance aux ateliers de haute couture parisiens, les artisans ont joué un rôle crucial dans l’élaboration de vêtements uniques et de haute qualité. En gros c’est quelque chose d’antique que l’on peut aussi retrouver dans les vestiges amérindien. Encore aujourd’hui à la Dominique, la vannerie a encore une place importante dans la vie des Kalinagos.

@Aude_marine972 porte une robe créée par M. Jean-Gilles, et un chapeau fabriqué par MME SINSEAU

Techniques artisanale et traditionnelles

L’une des forces de l’artisanat est sa contribution à la mode durable. Contrairement à la production de masse, les techniques artisanales favorisent la qualité sur la quantité, utilisant souvent des matériaux locaux et écologiques. Dans on utilise des feuilles de Bakoua, le tressage prend du temps, les arbres ont besoin de temps pour pousser. Il n’existe pas d’industrie de masse du Bakoua. Cela réduit les déchets et soutient une économie circulaire, essentielle face aux défis environnementaux actuels, lorsque l’on achète des chapeaux sur mesure, ou encore sur le marché.

@Aude_marine972 porte une robe créée par M. Jean-Gilles, et un chapeau fabriqué par MME SINSEAU

Artisanat et durabilité

De plus, l’artisanat n’est pas figé dans le passé. Aujourd’hui, de nombreux designers innovent en fusionnant techniques traditionnelles et technologies modernes, créant ainsi des pièces avant-gardistes tout en honorant le patrimoine artisanal. Des marques comme Stella McCartney et Hermès intègrent ces pratiques pour allier savoir-faire ancestral et esthétique contemporaine. (Si jamais vous n’êtes pas d’accord, on en discute).

Le bijoux artisanal relève les tenues anciennes, comme les plus actuelles.

@mel.jt avec un bracelet en nacre de ©Dawacréation

Les bijoux en cauris

Ils peuvent donner un côté « mystique », « spirituel ».

@imchloe.b portant des bijoux de @fanm_ata
@imchloe.b portant des bijoux de @fanm_ata

Les bijoux peuvent servir à faire ce lien avec l’ancestralité et la féminité.

« Lahan » : impact économique et social

L’impact économique et social de l’artisanat dans la mode est également significatif. Il crée des emplois et soutient des communautés locales, tout en préservant des savoir-faire menacés de disparition. Cependant, l’artisanat fait face à des défis tels que le coût élevé et le temps de production. La sensibilisation croissante des consommateurs à l’importance de la durabilité et du patrimoine culturel pourrait néanmoins favoriser un regain d’intérêt pour ces pratiques.

@_bad.usurpadora_ ayant fabriqué un chapeau avec du papier et du tissu
@_bad.usurpadora_ ayant fabriqué un chapeau avec du papier et du tissu

L’artisanat dans la mode est un précieux héritage de tradition et d’innovation. En valorisant et en soutenant ces techniques, nous pouvons non seulement préserver un patrimoine culturel riche, mais aussi promouvoir une mode plus durable et éthique. C’est aussi l’occasion pour nous d’être de plus en plus créatif.

L’artisanat est plus qu’une simple tendance, il est l’essence même d’une mode consciente et respectueuse. Un art qui n’est pas prêt de disparaitre dans les esprits éveillés.

Le noir, l’élégance à coup sûr

Le noir reste une couleur emblématique de la mode en raison de sa polyvalence et de son élégance intemporelle. Son utilisation peut varier en fonction des saisons et des tendances, mais il reste un choix sûr pour de nombreuses occasions et styles vestimentaires.

©Sarah en robe noire 1

Voici 6 tendances récentes et populaires concernant l’utilisation du noir dans la mode :

  1. Minimalisme : Le noir est souvent associé à un style minimaliste et épuré. Les vêtements et accessoires noirs offrent une élégance discrète et peuvent être facilement combinés avec d’autres couleurs et motifs.
  1. All-black outfits : Les tenues entièrement noires, connues sous le nom de « total black look », restent populaires. Cela crée une silhouette élégante et sophistiquée, idéale pour de nombreuses occasions.
  1. Essentiel dans la garde-robe : Le noir est considéré comme une couleur essentielle dans toute garde-robe. Des pièces classiques comme la petite robe noire (LBD) ou un blazer noir sont des incontournables qui ne se démodent jamais. En photographie, l’utilisation du blazer noir peut se faire dans différents styles. Sexy, avec ou sans sous-vêtements. Classe avec un chemisier blanc et un jean ou une jupe noire, décontracté avec un t-shirt blanc à la place du chemisier etc. 
  1. Contrastes et accents : Le noir peut être utilisé pour créer des contrastes saisissants avec d’autres couleurs vives ou pastel. Les accessoires noirs comme les sacs à main, les chaussures ou les ceintures peuvent ajouter une touche sophistiquée à une tenue colorée.
  1. Polyvalence : Le noir convient à toutes les saisons et peut être porté de manière décontractée ou formelle. Il est souvent utilisé pour créer une base neutre sur laquelle ajouter des éléments plus expressifs. Pour ma part j’aime beaucoup porter un t-shirt noir, sans marque, avec du marron. J’ai l’assurance d’être présentable en toute circonstance. 
  1. Tendances actuelles : En matière de tendances actuelles, le noir peut être vu dans des motifs comme le cuir, les imprimés animaliers, ou même des designs futuristes avec des éléments métalliques ou des textures innovantes.
©Sarah en robe noire 2

Edito de Mai

Chers lecteurs,

Dans cet éditorial, nous abordons des thèmes essentiels qui reflètent l’évolution constante de notre société vers l’acceptation de soi et l’expression personnelle à travers la mode.

Tout d’abord, parlons de l’affirmation de soi à travers la mode. La façon dont nous nous habillons est bien plus que le choix de vêtements ; c’est une forme d’expression de notre identité et de notre personnalité. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes utilisent la mode comme un moyen puissant de faire entendre leur voix, de revendiquer leur authenticité et même de défier les normes établies. Lorsque nous choisissons des vêtements qui reflètent qui nous sommes vraiment, nous nous affirmons et nous nous donnons la liberté d’être nous-mêmes.

Ensuite, abordons le thème du noir comme choix d’élégance. Le noir est une couleur intemporelle qui incarne la sophistication et le raffinement. Que ce soit dans une tenue formelle ou décontractée, le noir ajoute une touche de classe instantanée. C’est un choix sûr qui flatte toutes les silhouettes et qui peut être adapté à toutes les occasions. En optant pour le noir, nous embrassons l’élégance intemporelle et nous nous démarquons par notre style chic et minimaliste.

Enfin, explorons le mouvement du body positivity qui célèbre l’acceptation de soi. Être body positive, c’est reconnaître la beauté et la valeur de chaque corps, indépendamment de sa forme, de sa taille ou de ses imperfections perçues. La mode joue un rôle crucial dans ce mouvement en encourageant la diversité et la représentation authentique. Les marques et les créateurs adoptent de plus en plus une approche inclusive en mettant en avant une variété de morphologies et en promouvant la confiance en soi à travers leurs collections. Le body positive nous invite à nous sentir bien dans notre peau, à embrasser nos différences et à célébrer notre individualité.

La mode va bien au-delà des simples tendances ; elle est un puissant moyen d’expression et d’affirmation de soi. Que nous choisissions le noir pour son élégance intemporelle ou que nous adhérions au mouvement body positivity pour célébrer l’acceptation de notre corps, chaque décision vestimentaire est un pas vers une plus grande confiance en soi et une acceptation authentique de qui nous sommes.

Ensemble, célébrons la diversité et encourageons chacun à s’affirmer à travers la mode, à embrasser l’élégance du noir et à promouvoir l’amour-propre grâce au mouvement body positive.

Bien à vous,

Bruno BAJOC

Fabergé

Un projet qui a démarré d’un « et si » et qui a fini en shooting.

Dès les premières lignes je souhaite remercier le styliste, @jorielrollieroff, la directrice artistique @saph.th, la make up artiste @anaaellemkp, le modèle @emmaa_jsh et sa maman, le fleuriste @le_nid_damour.

Fabergé est un projet qui a nécessité des heures de conceptions. Qu’il s’agisse de la conception de la tenue, du make up, ou encore du travail des photos.

La photo la plus iconique que j’ai pu réaliser à ce jour. On a mélangé tous les talents présents sur place. C’était très technique de coller des pétales de lys blanc sur le visage du modèle. Sacrée couronne.

Cette photo se décompose en plusieurs phases. Elle se lit de gauche à droite. Pour la petite explication, il faut séparer la photo en deux. Sur la partie de gauche on voit que le modèle (@emmaa_jsh) est présente plusieurs fois. Ses reflets montrent qu’une partie de son corps. Cela a été pensé comme une préparation. Il faut comprendre ici « le temps de préparation ».

À l’extrême gauche on retrouve deux fois le modèle qui arrive. Elle est de plein pied et en mouvement. L’air de dire, je me suis préparée, j’arrive.

Au milieu elle est représentée seule. Elle symbolise l’unité, l’instant présent et la stabilité.

Dans notre sens de lecture, à droite elle a déjà tourné les talons. Elle est en train de partir. Cela veut dire que l’on s’est beaucoup préparé, nous sommes venu montrer ce que l’on a dans le ventre, et qu’ensuite on va s’en aller.

Si vous y voyez d’autres interprétations à cette photo, n’hésitez pas.

Make up smoky eye + plume de pintade, avec bouche signature

Un smoky eye, une bouche signature, et des plumes de pintades. On se demande bien qu’est-ce qui s’est passé dans nos têtes. Après les fleurs de lys blanc… les plumes de pintades.

Une réponse à « Fabergé »

  1. Avatar de Marthe
    Marthe

    Très beau magazine, bon travail pour la suite

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