Interview avec Shaïda Madinska
Jusqu’au mois de Janvier, vous aurez la possibilité d’apprécier l’exposition collective de 9 diplômés du Campus Caribéen des Arts de la Martinique. Lors du vernissage qui a eut lieu le mardi 9 décembre 2025, j’ai eu la chance d’interviewer une des artistes présente.

Originaire de la Guadeloupe, elle est venue en 2018 habiter en Martinique pour avoir des diplômes au campus caribéen des arts.
Je suis titulaire de deux diplômes, le DNA, diplôme national d’art, et le DNSEP, diplôme national supérieur d’expression plastique, que j’ai eu au campus caribéen des arts, seule école d’art caribéenne. Les thématiques que j’aborde sont, dans un premier temps, l’éco-conception, la récupération, l’écologie “récupérée pour créer”. Dans un deuxième temps, tout ce qui va être intime, donc féminité, le corps, les traumas, les syndromes.
En ce moment, j’aborde la thématique du textile pour créer une sorte de mémoire collective, puisque le textile c’est un symbole fort depuis très longtemps, jusqu’à nos jours, puisque maintenant il y a beaucoup de textiles qui se perdent avec la fast fashion, donc toujours une dimension écologique. J’essaie de faire un pont entre la Caraïbe et l’Afrique, puisque dans mes toiles, on retrouve du pagne, des pagnes africains. En mélangeant mes écritures automatiques, donc un geste intuitif, et les chutes de tissus, j’essaie de créer une sorte de nouvelle identité qui se compose de plein de symboles forts que nous avons dans la Caraïbe et aussi en Afrique.
Quelle est l’idée ou l’émotion fondatrice qui a guidé cette exposition ?
L’émotion, c’est vraiment l’envie de créer avec les déchets, ce qui est un peu rejeté, les excès de matière. Mon sentiment, c’est de la joie, parce que je suis contente de créer, mais c’est aussi pour attirer la curiosité et peut-être aussi se poser des questions.
Comment ton approche a-t-elle évolué entre tes précédentes créations ?
Ça dépend vraiment des projets. Parfois, il y a des thématiques imposées, d’autres fois, j’ai le libre choix de faire ce que je veux. Mais le plus souvent, j’essaye de créer du lien, de m’inspirer de la faune et de la flore caribéenne. C’est vraiment ce qui anime mon travail.
Est-ce qu’il y a une philosophie ou un courant artistique dans lequel tu te reconnais particulièrement ?
Je pense que je suis dans le semi-abstrait au niveau des figures, parce que ce n’est pas tout le temps très explicite.
Je pense que je n’ai pas vraiment de mouvement. J’aime beaucoup les couleurs. Je suis influencée par tout ce qui est pop art, fauvisme.
L’art contemporain en fait partie. Mais je pense que c’est plutôt les formes, les lignes. Ça peut être vraiment n’importe quoi l’élément déclencheur.
Mais là, en l’occurrence, pour mon travail, en ce moment, c’est le textile. Parfois, pour les choses plus intimes, ça peut être un trauma. Quand j’ai travaillé sur tout ce qui était expérience par rapport à la maladie, c’était parce que je traversais moi-même cette épreuve.
Concernant l’exposition, quel est le point de départ concret de l’expo ?
C’est une exposition pour mettre en lumière les jeunes talents caribéens, enfin ceux qui émergent. Et là, en l’occurrence, les anciens diplômés du campus.
On a fait appel à moi pour postuler. Au début, c’était vraiment sur une base de volontariat de postuler. C’est eux qui ont fait un corpus d’œuvres en prenant deux à trois pièces par personne pour ensuite former l’exposition collective.
« Cellule », «Pié bannan » et « Motion 3», pourquoi ces titres ?

Alors, « Motion », ça parle plutôt du mouvement. C’est d’une toile où l’action est figée, mon geste est figé par la peinture, mais bouge au niveau du regard. Pour « Cellule », on était vraiment à l’intérieur de la peau. Donc, peut-être même les cellules atteintes, les cellules mauvaises.
Et puis, pour « Pié bannan», c’était vraiment par rapport à l’actualité qui nous touche, au chlordécone. Je voulais donc essayer de créer un Pié banann qui est sain. Ce qu’on désire tous finalement ici, au niveau de l’agriculture et des produits qu’on nous envoie.
Est-ce que vous avez pensé le parcours de visiteurs dans l’espace d’exposition ? Je parle de la scénographie.
Alors, la scénographie a été pensée par les professeurs référents de l’exposition.
Et donc, je pense qu’ils ont plutôt mis devant des pièces comme des objets et des installations pour peut-être inviter déjà à se rapprocher. Et ensuite, plutôt les œuvres plates, aux murs, de part et d’autre de la salle, pour peut-être inviter à faire un cercle, je pense.
Comment tu as sélectionné les pièces qui sont présentées ?
J’ai envoyé un corpus, donc de plusieurs œuvres. Et ensuite, il y a eu une sélection qui a été faite.
Quels sont les matériaux que tu utilises et pourquoi ces choix ?
Alors, j’utilise le textile parce que pour moi, le textile est très riche. Il est porteur de mémoire, d’histoire.
Et aussi, c’est une passerelle entre les pays. Puisque maintenant, le textile, c’est une langue universelle en matière de mode. Mais pour moi, c’est aussi un puit sans fond, de création.
Parce qu’en fait, on a toujours besoin de nouveautés au niveau des imprimés, des choses comme ça. Donc, les motifs, c’est vraiment des éléments déclencheurs. Et je voulais utiliser le textile parce que c’est une matière qui m’a toujours attirée.
Et que je trouve qu’il a sa place au niveau de mes écritures et dans mon art.

Est-ce qu’il y a une technique que tu as expérimenté pour la première fois dans cette exposition ?
Alors, non. Je n’ai pas expérimenté parce que là, je suis un peu sur mes bases. J’avais déjà rapidement travaillé avec du textile. Mais là, j’ai pris plus le temps.
Et puis après, je me suis recentrée vraiment sur des thématiques que j’avais déjà en cours. Donc non, malheureusement, je n’ai pas expérimenté.

Ton rapport aux gestes à la couleur et à la matière, quel est-il ?
Alors, j’utilise l’écriture automatique qui m’a été, on va dire, inculquée par l’artiste Ricardo Ozier LaFontaine. Et donc, j’aimais vraiment ce principe de ne pas se poser de questions, de combattre ce syndrome de la page blanche en se laissant guider sur le papier. Et à force de pratiquer, d’écrire, j’ai développé des automatismes, comme des cellules, certains motifs se répètent dans quasiment toutes mes toiles.

Comment tu gères, cette part d’accident ou d’imprévu dans le processus de l’écriture automatique ?
Alors, en vrai, il n’y a jamais d’accident parce que je me dis que si le trait devait partir à droite, c’est que c’est par là que je devais le faire. Et je trouve toujours une façon de mettre “l’erreur” à mon avantage. En vrai, il n’y a que moi qui suis consciente de mes “erreurs” parce qu’au final, on ne les voit pas.
Quel thème majeur traverse cette exposition ? S’il y en a un ?
Je pense qu’en fait, il n’y a pas vraiment de thématique, mais je pense que tout le monde a essayé de donner des toiles ou un travail qui, pour lui, a du sens à exposer ce soir pour se mettre en lumière.
Quels sont les messages, interrogations ou réflexions que tu souhaites transmettre au public ? Qu’est-ce que tu as envie qu’ils se disent ?
Alors, j’ai envie que le public se dise que dans ce qu’on jette, il y a des trésors et un simple objet récupéré peut être une œuvre, peut être un nouvel objet ou peut avoir une fonction différente de celle qu’il avait principalement.
Sur quoi est-ce que tu travailles : actuellement ou prochainement ?
En ce moment, je vais continuer avec l’ajout de textiles. Je vais essayer d’aborder de nouvelles techniques comme le pastel gras, que je n’ai jamais pratiqué, mais qui m’attire vraiment, de faire des choses plus en volume.
Et comment tu vois l’évolution de ta pratique dans les années à venir ?
Alors, je me vois avec des plus grands formats et je l’espère pouvoir m’ouvrir sur le monde, donc toucher d’autres îles, voire même d’autres pays.
Et dernière question, est-ce qu’il y a une collaboration ou un lieu où tu rêves d’exposer ?
Alors moi, j’aimerais exposer partout. Je pense qu’il n’y a pas de lieu plus beau que les autres. J’aimerais beaucoup participer à une biennale. Et une collaboration artistique ? J’en fais déjà au quotidien, que ce soit avec des grands artistes ou des petits artistes.
En vrai, j’ai déjà fait pas mal de collaborations, mais ça serait vraiment de m’étendre et puis faire des choses qui pourraient être vues autre part.
Et pour suivre ton actualité ?
Pour suivre mon actualité, alors soit sur Instagram ou soit sur Facebook. Et prochainement, j’aurai un site.
















































































































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